| 9 février 2023 |
Isabelle BIJU-DUVAL |
J'ignorais qu'en faisant courageusement une classe préparatoire (vie d'étudiante passée exclusivement à travailler jusqu'à "pas d'heure" et à approfondir une culture littéraire solide), qu'en enchaînant sur des années fac tout aussi laborieuses et fructueuses, et qu'en passant et réussissant le CAPES (à une époque où le taux de réussite au concours était de 11%), je me dirigeais tout droit vers une profession d'enseignant "déménageable à merci" selon des règles de mutation arbitraires et sans pitié. Une profession où, 25 ans plus tard, il faudrait supporter de se voir imposer de plus en plus de charge de travail (temps de travail réel : entre 50 et 60 h hebdomadaires), et devoir se transformer en VRP de la matière enseignée car langue "à choix" en perte totale de vitesse quant au recrutement des élèves: prépa des cours, cours, corrections, conseils de classe: ok, avec joie et conviction; mais les réunions annexes du soir exponentielles, le recrutement en écoles faisant disparaître la possibilité d'une vie de famille un tant soit peu digne de ce nom, la totale méconnaissance du grand public des réalités concrètes de la charge de travail et l'absence de reconnaissance teintée de mépris, tout cela pour gagner tout juste de quoi alimenter en carburant sa voiture pour aller travailler sur 8 lieux de travail pour un temps complet? Non!
Ajoutez à cela la difficulté ubuesque de maintenir ses exigences auprès d'un public d'élèves dont une grande partie ne maîtrise même pas le B-A-BA de sa propre langue maternelle (le français!), parce que l'Education Nationale s'est fourvoyée dans un pédagogisme démagogique et absurde, renonçant aux principes-mêmes qui assuraient autrefois d'atteindre en fin de scolarité une culture générale solide et des compétences correctes... Et là est le plus grave!
L'allemand a été, progressivement mais sûrement, sacrifié sur l'autel de la religion du ludique; "panem et circenses", disaient les latins? La France n'aura bientôt plus que le cirque, sans le pain!
L'allemand, cette belle langue, d'une nation redevenue amie et partenaire depuis plus de soixante ans, cette langue si importante à maîtriser dans tant de domaines liés au partenariat économique de notre pays, cette langue propre à structurer l'esprit, parce qu'elle demande un tant soit peu d'efforts, pourtant pas inabordable, loin s'en faut, a été stigmatisée, caricaturée comme "difficile à apprendre" (un comble quand on pense qu'on prétend de nos jours revaloriser les notions de dignité par le travail et par f'effort!) .
Et nous devons désormais la "vendre" à grand renfort de démagogie?
Bientôt la maîtise des enseignements fondamentaux suivront le même chemin - que dis-je? C'est déjà le cas!-... Ce n'est pas d'un "retour en arrière" que l'EdNat dans son ensemble a besoin, mais d'un sauvetage d'urgence, par des mesures certes conservatrices si ce n'est conservatoires!
Le niveau des élèves n'a cessé de s'effondrer, et l'on fait semblant de ne pas comprendre que c'est précisément parce qu'on a jeté au feu, dans un délire "moderne" conjuratoire, tout ce qui marchait bien dans la pédagogie ancienne ! Quelle folie! Sans une remise en question globale, sans un minimum de clairvoyance, l'enseignement en France continuera de précipiter les générations futures dans un "magnifique" standard d'idiocratie. Mais au fait, ...c'était peut-être le but recherché...? |