C’est avec beaucoup d’émotion et de tristesse que nous avons appris le décès de l’ancien inspecteur général d’allemand Jean Favard, le 5 novembre dernier à Lyon, à l’âge de 92 ans. Issu d’un milieu modeste, il était né en 1933 à Cosne-sur-Loire dans le département de la Nièvre. Normalien, professeur au lycée du Parc à Lyon, il s’était très vite intéressé aux questions relatives à l’apprentissage des langues vivantes, au collège comme au lycée. Nommé inspecteur pédagogique régional dans les académies de Lyon et de Clermont-Ferrand, puis inspecteur général, il a puissamment contribué à assouplir et enrichir une méthodologie encore très marquée à l’époque par le structuralisme et principalement centrée sur l’enseignement du code linguistique, en l’élargissant à la dimension communicative et fonctionnelle et en plaidant pour une diversification des pratiques et une meilleure prise en compte des profils d’élève. Esprit curieux, ouvert aux évolutions didactiques, il fut chargé en 1989 de la mise en place et du suivi de l’enseignement des langues à l’école élémentaire. En tant que représentant de l’inspection générale auprès du Conseil de l’Europe il participa aux travaux qui aboutirent quelques années plus tard à l’élaboration du Cadre européen commun de référence. Toujours soucieux d’encourager la confrontation des idées et la réflexion didactique, il anima durant de longues années le groupe d’étude chargé d’analyser les manuels d’allemand, dirigea la publication de plusieurs ouvrages collectifs consacrés à l’enseignement de l’allemand et contribua à l’introduction des épreuves professionnelles dans les concours internes. C’est à la lumière de ces diverses expériences et avec le souci d’intégrer ces évolutions en matière d’apprentissage des langues vivantes qu’il assura de 1995 jusqu’à sa retraite en 1998 la présidence du groupe de travail chargé de rédiger de nouveaux programmes pour le collège, première étape d’un profond renouvellement des pratiques d’enseignement et d’évaluation. Tous ceux qui l’ont côtoyé dans ces différents domaines d’activité gardent le souvenir d’un germaniste engagé, ennemi de tout dogmatisme, qui aimait approfondir sa propre réflexion par l’échange et la discussion, et savent que son aspect parfois sévère cachait en réalité une grande sensibilité et beaucoup d’humour.
Jean-Pierre BERNARDY