Réforme du collège - Dénonçons l’imposture !

, par webmestre 1

Nous avons regroupé dans cet article les commentaires, billets d’humeur de quelques personnalités qui nous soutiennent dans ce combat contre la réforme et qui nous ont donné l’autorisation de les citer.

René Métrich

Si j’ai bien compris, c’est au nom de la lutte contre les inégalités et l’élitisme que l’on veut supprimer les classes bilangues et les sections européennes réputées rassembler les meilleurs élèves - entendez ceux issus des « bons milieux ».

Mais alors qu’attend-on pour supprimer ces temples de l’élitisme que sont les lycées Henri IV et Louis-le-Grand, Polytechnique, l’ENA etc. etc., dont Bourdieu et d’autres ont montré qu’ils servent principalement – et de plus en plus exclusivement – à la reproduction des élites constituées en oligarchie héréditaire ?

Soyons sérieux : tous ceux qui enseignent dans les classes bilangues savent qu’on y trouve des élèves issus des catégories socio-professionnelles les plus diverses. Ces classes ne sont en rien des ghettos de privilégiés – à moins, bien sûr de considérer qu’on est privilégié (et pourquoi pas riche ?) dès lors que l’on ne vit pas en dessous du seuil de pauvreté. Et s’il est possible – je l’ignore – que les plus défavorisés n’y soient pas, améliore-t-on leur sort et leurs chances de réussite en réduisant à néant un dispositif qui, à travers les échanges scolaires que les enseignants d’allemand pratiquent avec tant d’enthousiasme et de succès, a permis à tant d’élèves, notamment issus de milieux modestes ou de zones rurales, d’élargir leur horizon en faisant l’expérience d’un pays aux us et coutumes différents ? De ce point de vue, les parcours bilangues ne sont-ils pas justement l’un des moyens d’éviter autant que faire se peut la ghettoisation des établissements « difficiles » ?

Non, la lutte contre les inégalités et l’élitisme ne peut en aucun justifier valablement cet abandon programmé, cette destruction planifiée, alors même que l’agenda franco-allemand 2020 prévoit que « parmi les élèves de l’enseignement secondaire, un Français sur deux ou un Allemand sur deux devra avoir visité au moins une fois l’autre pays ».

Décidément et pour paraphraser Madame Roland : Egalité, égalité, que de crimes on commet en ton nom !

René Métrich
Prof. émérite (C.E.) à l’Université de Lorraine
Président de l’Association des Nouveaux Cahiers d’Allemand
Ancien membre du Internationaler Wissenschaftlicher Rat de l’Institut für Deutsche _ Sprache
Contact : rene.metrich@univ-lorraine.fr

Jérôme Vaillant

En supprimant les classes bilangue et les classes européennes, la réforme actuellement prévue des collèges donne le sentiment de vouloir supprimer ce qui a fait ses preuves et a été utile au maintien en France d’un enseignement de l’allemand de qualité. Il faut donc, avant qu’il soit trop tard, déjà engager la réforme de la réforme et maintenir le dispositif bilangue existant ainsi que celui des classes européennes en collège, l’objectif restant d’assurer du primaire au lycée une continuité mais aussi de permettre de prendre l’allemand dès la 6e.

J’en appelle donc au Conseil des ministres franco-allemands de faire valoir ce point de vue auprès du ministère français de l’Education nationale au nom des engagements bilatéraux pris dans le passé.

Jérôme Vaillant
Professeur émérite (civilisation allemande) de l’université de Lille 3
Directeur de la revue "Allemagne d’aujourd’hui"

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