Rapport de la mission langues vivantes

Le rapport Propositions pour une meilleure maîtrise des langues vivantes étrangères, oser dire le nouveau monde, rédigé par Alex Taylor, journaliste et Chantal Manes-Bonnisseau, inspectrice générale de l’éducation nationale, a été remis le 12 septembre 2018 à Jean-Michel Blanquer.

Le projet détaillé dans ce rapport de 70 pages, organisé autour des volets :
- Bilan du plan de rénovation des langues vivantes de 2006  ;
- Pour une politique plus efficace des langues ;
-  Réaménager et dynamiser les enseignements, donner confiance aux élèves.
se veut « ambitieux et réaliste ».

Nous partageons pleinement les principes affirmés avec force en préambule :
(...)
- Oser affirmer que l’on peut à la fois maîtriser l’anglais et au moins une, voire
plusieurs autres langues étrangères.

- Oser conforter l’enseignement précoce des langues étrangères pour mettre à profit les capacités d’apprentissage du très jeune âge.
- Oser ouvrir les frontières, les portes et les esprits, pour que l’apprentissage des
langues devienne l’affaire de tous et que cette responsabilité n’incombe pas au seul
professeur de langue, aussi excellent soit-il.

- (...)Changer de paradigme, c’est inventer un mode de fonctionnement à la française, qui concilie l’amour de la langue de Molière, symbole fort de notre identité républicaine, et le choix politique du plurilinguisme, symbole fort de notre ancrage européen.

Nous partageons les constats concernant l’apprentissage des langues même si nous avons l’impression que les évolutions pédagogiques souhaitées sont déjà réalisées pour l’allemand, avec des enseignants souvent pionniers.

Nous partageons nombre de recommandations rassemblées à la fin du rapport, (qui rejoignent souvent les demandes de l’ADEAF qui vont dans le bon sens pour agir sur les différents leviers de l’amélioration de l’enseignement et de l’apprentissage des langues : signaux visibles de l’importance des langues dans la société, motivation des élèves, exposition à la langue (durée et fréquence, développement des DNL avec épreuve optionnelle au CAPES pour des disciplines ), culture de la mobilité, valorisation des compétences en langues, conditions d’apprentissage ( effectifs élèves, disposition de la classe, ..) et qualité de l’enseignement (programmes, évaluation positive, …) avec une formation initiale et continue qui réponde aux attentes des enseignants.

Nous regrettons toutefois que l’inscription des recommandations dans le cadre actuel modère l’ambition initiale.
Trois exemples :

  • La limitation des effectifs à 20 élèves n’est recommandée que pour la seule classe terminale, en référence à une circulaire dont les auteurs du rapport rappelle l’existence et demandent l’application, alors cette limitation serait pertinente pour toutes les classes.
  • La demande des professeurs (et de l’ADEAF) d’un minimum horaire hebdomadaire de 3 heures est relayée sans toutefois être reprise dans les recommandations.
  • La préconisation de séquences de 45 minutes au collège pour augmenter la fréquence d’utilisation de la langue avec :
    - "en sixième, cinq séances de 45 minutes par semaine au lieu de quatre séances d’une heure
    - au cycle 4, les horaires actuels de 3 heures en LV1 et 2 h 30 en LV2 seraient ainsi répartis : 4 fois 45 minutes en LV1 ; 3 fois 45 minutes en LV2 ou une autre forme d‘alignement qui devra faire l’objet d’une réflexion dès la rentrée 2018."

    Cette autre forme d’alignement est plus explicite dans la recommandation finale qui est "d’aligner autant que possible les horaires de langue vivante 2 sur ce schéma "(de quatre séances hebdomadaires de 45 minutes en langue vivante 1)
    Cet alignement signifierait une augmentation de 0,5h de l’horaire hebdomadaire de la LV2 qui passerait à 3 heures d’où la prudence de la formulation.
    Dans ce cas de figure, indépendamment des interrogations sur la confection des emplois du temps et la gestion des séances à durée réduite, compte tenu du temps nécessaire pour mettre les élèves en activité, il faudrait impérativement aligner les horaires de la LV2 sur ceux de la LV1 car la mise en place de 3 séquences de 45 minutes entraînerait la diminution de l’horaire hebdomadaire déjà insuffisant, ce qui serait inacceptable .

Nous nous demandons par ailleurs pourquoi le dispositif bilangue, pourtant efficace, n’est pas mentionné dans le rapport.

Nous souhaitons que toutes les conséquences soient tirées des réflexions présentées dans la rubrique « Reconnaître la place de l’anglais dans un contexte résolument plurilingue »

Les auteurs préconisent en effet d’« inscrire l’anglais comme langue obligatoire dans le parcours de tous les élèves, en langue vivante 1 ou 2. »
Le débat reste vif autour de l’anglais (les auteurs recommandent d’ailleurs de le dépassionner) et la préconisation de rendre son apprentissage obligatoire ne fait qu’entériner une situation de fait puisque l’anglais est déjà appris par plus de 99% des élèves. Pour autant, les auteurs du rapport ne préconisent pas de commencer par l’apprentissage de l’anglais. Ils soulignent au contraire l’intérêt de commencer par une autre langue (« même dans les systèmes étrangers où l’anglais est enseigné en tant que seconde langue étrangère, la performance en anglais a tendance à être plus élevée que dans l’autre langue testée » (….) « Il serait même contre-productif de donner toute la place à l’anglais . »
Comme ils soulignent par ailleurs que les études montrent que l’apprentissage des LV doit commencer le plus tôt possible, il faudrait en tirer des conséquences sur le positionnement de l’apprentissage des langues dans le système scolaire.
Dans le cadre actuel, l’apprentissage de la LV2 débute 6 ans après celui de la LV1 (5 ans pour les élèves de 6ème bilangue) , avec un total de 12 années d’apprentissage pour la LV1 et 6 (ou7) années pour la LV2 jusqu’au baccalauréat.
Sauf dans les académies frontalières, les élèves continueront à commencer au CP par l’anglais, qui sera leur LV1 et à n’aborder une autre langue qu’à l’âge de 12 ans (ou de 11 ans dans les 6ème bilangues), d’autant que dans la formation dans les ESPE, l’anglais est dans la polyvalence des professeurs des écoles puisqu’ils sont amenés à l’enseigner. Le rapport relève également l’hétérogénéité des compétences en anglais des professeurs des écoles et proposent plusieurs dispositions pour y remédier.

Certes, Alex Taylor et Chantal Bonnisseau ont un discours engagé pour le plurilinguisme et la valorisation des langues autres que l’anglais mais c’est l’anglais qui est structurellement conforté « L’efficacité immédiate prend souvent le pas sur cet idéal rêvé de plurilinguisme  » disent-ils.

Faut-il se résigner et l’entériner ? Ne faut-il pas oser les langues, changer de paradigme avec un éveil aux langues, un véritable projet ambitieux de plurilinguisme  dont l’anglais serait aussi bénéficiaire ?

Dans cette optique, il faudrait que l’enseignement de spécialité « langues, littératures et cultures étrangères » du nouveau cycle terminal permette de répartir sur deux langues les heures dévolues à cette spécialisation ( 4h en première, 6h en terminale). A ce propos, le rapport parle de " La spécialité [qui] doit préparer à un parcours dans l’enseignement supérieur où la langue vivante est majeure : LLCE, CPGE littéraire, LEA" . alors qu’il s’agit de parcours où les langues vivantes sont majeures.

Le rapport axé sur l’amélioration des compétences en langues ne donne pas de chiffres sur la répartition des langues autres que l’anglais. Il nous revient donc de rappeler que, pour une classe d’âge au collège à partir de la 5ème, la langue apprise autre que l’anglais est pour 18% des élèves, l’allemand, 5% l’italien et 75% l’espagnol, que le profil linguistique anglais-espagnol est hégémonique et qu’il faut des mesures d’équilibrage entre les différentes langues.

L’apprentissage de l’allemand nécessite, dans l’intérêt des jeunes, une promotion spécifique (et les moyens qui vont avec), fondée sur les accords bilatéraux et la coopération étroite entre les deux pays.

A nous de continuer à faire valoir cette spécificité !

Pour le bureau national
Thérèse Clerc
Présidente de l’ADEAF

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