Leichte Sprache

Deutsche Sprache, leichte Sprache ?

Il n’est pas fréquent de voir le mot leicht mis en rapport avec deutsche Sprache, et pourtant, si on cherche sur internet avec ces items, les entrées sont nombreuses !
De quoi s’agit-il ?

Leichte Sprache ??

L’expression leichte Sprache vient du monde du handicap et de ses associations et se réfère à une forme d’allemand (écrit) qui serait accessible à des personnes en situation de handicap mental/intellectuel, et/ou culturel (illettrés par exemple, mais aussi non germanophones, en particulier les migrants), par rapport à l’activité de lecture. La leichte Sprache doit contribuer à assurer la Barrierefreiheit.
Cette leichte Sprache répond à un cahier des charges précis, en termes de vocabulaire, de grammaire et de typographie/présentation des textes, et correspond à peu près à un niveau de maitrise A1 du CECR en compréhension écrite.
A1 ? CE ? Non germanophones ? Voilà qui parle à des enseignants d’allemand !

Petit retour en arrière :

L’idée en soit n’est pas neuve, elle a vu le jour aux Etats Unis dans les années 70, lorsque des personnes en situation de handicap au niveau de l’apprentissage (mit Lernschwierigkeiten) se sont rassemblées pour former une association (Ich habe es satt, geistig behindert genannt zu werden. Wir sind zuerst einmal Menschen, eben People First avait déclaré un des membres fondateurs en 1974 dans l’Oregon) ; elle est arrivée en Allemagne dans les années 90, et une première association a vu le jour en 2001, Mensch zuerst – Netzwerk People First Deutschland (http://www.menschzuerst.de)
En 2006 un groupe de travail, Netzwerk leichte Sprache, a vu le jour et est devenu lui-même une association en 2013 (http://www.leichte-sprache.org). Composé de personnes handicapées et non handicapées, il est supranational (Allemagne, Suisse, Autriche, Luxembourg, …).
La ‘Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées’ de mai 2008 a ensuite joué un rôle d’accélérateur.
Ce type d’initiative existe dans quelques autres pays (Grande Bretagne, Suède, …)
L’Allemagne, pour sa part, est allée très loin :
La loi Behindertengleichstellungsgesetz oblige en effet les services publics à mettre à disposition leurs informations en leichte Sprache. Dans ce but, une ordonnance a été prise :
‘Die Verordnung zur Schaffung barrierefreier Informationstechnik nach dem Behindertengleichstellungsgesetz, kurz Barrierefreie-Informationstechnik-Verordnung – BITV 2.0, ist eine Ergänzung des Behindertengleichstellungsgesetzes (BGG) vom 27. April 2002. Diese Verordnung gilt für alle Internetauftritte sowie alle öffentlich zugänglichen Intranetangebote von Behörden der Bundesverwaltung (§ 1). Für Internetangebote der Bundesländer gelten eigene Bestimmungen. Die Verordnung soll bewirken, dass die betreffenden Angebote der Informationstechnik behinderten Menschen im Sinne von § 3BGG, denen ohne die Erfüllung zusätzlicher Bedingungen die Nutzung der Informationstechnik nur eingeschränkt möglich ist, den Zugang zu dieser zu eröffnen oder zu erleichtern. Ermächtigungsgrundlage der Verordnung ist § 11 Abs. 1 S. 2 des BGG. Am 22. September 2011 trat eine aktualisierte Fassung unter dem Kürzel „BITV 2.0“ in Kraft.
Private und kommerzielle Webangebote fallen nicht unter den Geltungsbereich der BITV. Vor allem Anbieter kommerzieller Angebote sind dennoch aufgerufen, Barrierefreiheit umzusetzen. Sie können sich dabei entweder an der nationalen BITV oder an den internationalen Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) des W3C orientieren’. (in Wikipedia)
Après une lecture, même superficielle, de ce texte, qui n’est même pas le texte de loi lui-même, on commence à apprécier la leichte Sprache…

A quoi ressemble la leichte Sprache ?

Il faut tout d’abord préciser que ce terme de leichte Sprache est désormais une sorte d’appellation contrôlée et est considérée par certains comme une variante de l’allemand. Il désigne une forme d’allemand dont le but est d’être particulièrement facile à comprendre, tant au niveau linguistique (construction, vocabulaire) qu’au niveau du contenu et des pré-requis culturels nécessaires à la compréhension. Pour ce faire, il répond à des exigences précises, formulées depuis 2006 par le même Netzwerk Leichte Sprache. (La plupart des règles viennent d’un ensemble destiné à la langue anglaise.)
En voici les principales caractéristiques et règles :
- Les phrases sont courtes (8 mots) et ne contiennent qu’une seule information. On utilise la forme active et affirmative (et l’indicatif) et la structure se limite à sujet-verbe-complément ; on remplace le génitif par von, etc.
- Les mots composés sont écrits de façon à ce que les différents mots soient reconnaissables (Welt-All, Bundes-Tag oder Welt•all, Bundes•tag.)
- Les termes abstraits sont à éviter, et si ce n’est pas possible il faut les expliquer par des exemples ou des comparaisons facilement compréhensibles ; il faut bannir les expressions de la langue imagée (Rabeneltern par exemple) ; les abréviations sont développées, au moins lors de leur première occurrence.
- En ce qui concerne la typographie et la mise en page, l’écriture cursive, de même que l’utilisation exclusive de majuscules, n’ont pas leur place ; la plupart du temps une phrase correspond à une ligne ; le texte est justifié à gauche ; les images sont là pour aider la compréhension du texte.
Vous trouverez ces règles sur le site :
http://www.leichte-sprache.org
Cependant les auteurs de ce ‘cahier des charges’ précisent bien qu’il ne s’agit pas de Kindersprache. Le Du et le Sie sont par exemple utilisés comme dans la langue standard
Et les textes sont relus par des personnes elles-mêmes en situation de handicap qui valident …ou pas !
- Voici en exemple un extrait du site internet du Netzwerk, où sont formulés les buts de l’association :
Wir wollen, dass es mehr Leichte Sprache gibt.
Für Menschen mit Lern-Schwierigkeiten
gibt es nur wenig zum Lesen.
Es fehlen Bücher oder Informationen in Leichter Sprache.
Das wollen wir ändern.
Jeder Mensch hat das Recht auf Informationen und Bücher.
- Et un exemple de ‘traduction’ en leichte Sprache d’un texte standard :
Aus der Broschüre „Vererben – Erben“ des Justizministeriums Niedersachsen :
„Wenn alle Verpflichtungen zusammen genommen höher sind als die den Erben zufallenden Vermögenswerte oder wenn man dies jedenfalls für möglich halten muss, werden die Erben zu überlegen haben, ob die Erbschaft nicht besser ausgeschlagen werden soll. Falls die Erben das tun, erhalten sie zwar die Vermögenswerte des Nachlasses nicht, werden aber auch nicht mit Schulden belastet.“

Ce qui donne en leichte Sprache :
„Sie möchten das Erbe nicht ? Die Erben können das Erbe nehmen. Oder die Erben können das Erbe nicht nehmen. Die verstorbene Person hatte Sachen. Und die verstorbene Person hatte Geld. Aber die verstorbene Person hatte vielleicht auch Schulden. Und die Schulden von der verstorbenen Person sind höher als der Rest vom Erbe. Dann sollten die Erben das Erbe nicht nehmen. Dann haben die Erben nicht die Schulden von der verstorbenen Person. Aber die Erben bekommen auch nicht die Sachen von der verstorbenen Person. Und die Erben bekommen auch nicht das Geld von der verstorbenen Person.“

Et la Einfache Sprache ??

Alternativement à leichte Sprache, nous allons rencontrer le terme de einfache Sprache ! Alternativement ? Non, ce serait trop …simple !
Les deux termes ne sont pas équivalents (et ne rencontrent d’ailleurs pas, institutionnellement, le même accueil et soutien)
La einfache Sprache s’adresse à des gens dont les capacités de lecture sont limitées, par exemple les illettrés, des personnes ayant une formation scolaire très lacunaire…ou des non-germanophones.
Vous avez l’impression d’avoir déjà lu ces lignes ? en effet… mais les choses s’éclaircissent un peu si on précise qu’il s’agit maintenant d’un niveau A2/B1. Et cette fois un des publics cible est explicitement les non-germanophones.
Les règles sont cette fois moins strictes que pour la leichte Sprache, même si certaines sont communes. On continue par exemple à éviter les Fremdwörter (ce qui est très dommage pour les francophones !), les phrases sont encore courtes (15 mots cette fois, au maximum une virgule, etc.

Quelques exemples devraient clarifier la chose :

Einfache Sprache : Wenn Sie noch Fragen haben, rufen Sie uns einfach an.
Leichte Sprache : Haben Sie Fragen ? Sie können uns anrufen.

Standarddeutsch : Mit dem Fahrzeug mit dem nachfolgenden Kennzeichen ist eine Verkehrsvorschrift übertreten worden. Das Kennzeichen ist, gemäß Kennzeichenregister, auf Ihren Namen registriert, oder aus einer schriftlichen Mietvereinbarung geht hervor, dass Sie zum Zeitpunkt des Verstoßes Mieter des fraglichen Fahrzeuges waren. Daher wird Ihnen eine verwaltungsbehördliche Strafe auferlegt. Die Angabe der genauen Übertretung und der der Behörde geschuldete Betrag sind im folgenden vermerkt.

Einfache Sprache : Sie müssen eine Buße bezahlen, weil Sie sich nicht an die Verkehrsregeln gehalten haben. In diesem Brief lesen Sie, wo und wann das war. Sie finden außerdem das Kennzeichen des Autos oder Motorrades, mit dem Sie gefahren sind. Dieses Auto oder Motorrad gehört Ihnen. Oder Sie haben es gemietet.

Vous pouvez maintenant tenter de traduire ce texte en leichte Sprache si le cœur vous en dit !
On trouve peu de choses gratuites sur internet ou ailleurs ; deux journaux, payants, paraissent régulièrement, Klar und deutlich et Klar und deutlich aktuell
http://www.einfachezeitung.de/cms/website.php

L’explosion de la leichte Sprache :

Pour ma part je connaissais ce terme de leichte Sprache depuis quelques années, mais les occurrences étaient rares et le terme lui-même peu connu du grand public. La situation a radicalement changée et l’augmentation des occurrences de textes en leichte Sprache sur internet (mais pas que) croît de manière exponentielle. On peut supposer que la législation a joué un rôle majeur… et que des financements ont accompagné les mesures !
Et l’afflux de migrants…

La rançon du succès ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions et les critiques sont nombreuses.
En voici quelques unes :
Il y a une récupération politique,
les lobbys sont à l’œuvre,
l’économie s’en est emparé et c’est devenu un marché,
c’est une langue pour les enfants,
tout est trop simplifié,
les informations sont tronquées
c’est contre-productif…
Sans oublier le ‘on nous prend tous pour des imbéciles’ (que la ville de Brême a suscité en envoyant à tous électeurs des documents relatifs aux élections …en leichte Sprache !)

Il faut avouer que transformer :
Die Würde des Menschen ist unantastbar en leichte Sprache n’est ni rapide ni aisé :
Jeder Mensch ist wertvoll,so wie er ist.
Er hat eine Würde, weil er ein Mensch ist.
Der Staat muss die Würde von jedem Menschen schützen.

Un excellent article en ligne, intitulé Inklusion durch leichteSprache ? Eine kritische Einschätzung, publié par la Bundeszentrale für politische Bildung, aidera à se forger sa propre opinion.
Quant à Bastian Sick, il ne pouvait rester indifférent au remplacement du génitif par le datif et on trouvera sa position en ligne (Leichte Sprache für alle ?) ou dans le tome 6 de Der Dativ ist dem Genitiv sein Tod.

La leichte Sprache, objet de recherches universitaires :

L’université s’est emparée (depuis quelque temps déjà !) de la problématique ! Serait-il temps de remettre un peu d’ordre ?
En effet, il devient nécessaire de répondre de façon fondée aux critiques, de déterminer des critères plus ‘scientifiques’ de ce que peut/pourrait/devrait être la leichte Sprache et d’en étudier l’impact sur les publics cibles…

…et aussi de préciser qui ils sont :
On estime à 1,54 millions le nombre de personnes intellectuellement/psychiquement sévèrement handicapées, que ce soit pour des raison d’héritage génétique (30 000 à 50 000 personnes atteintes de trisomie) ou à la suite de dommages à cause multiples avant/ pendant/après l’accouchement (accident, usage d’alcool/drogue de la part des parents, maladies, etc.). A cela s’ajoute les handicaps acquis (démence, Alzheimer, …) pour environ 1,5 millions d’individus. Les aphasiques sont un groupe potentiellement intéressé par la leichte Sprache, ainsi que les sourds de naissance dont le vocabulaire est notablement réduit. Le groupe le plus important reste néanmoins celui des analphabètes/illettrés. On estime à environ 7 millions le nombre de personnes en Allemagne qui sont analphabètes/illettrés, qu’un adolescent de 15 ans sur 5 semble avoir des difficultés à lire et/ou écrire (cf à ce sujet une étude exhaustive et très intéressante des résultats de l’enquête Pisa , sous le titre :
Pisa 2000 – Die Länder der Bundesrepublik Deutschland im Vergleich – Zusammenfassung zentraler Befunde), et que environ 14 % des actifs auraient des difficultés à comprendre leur contrat de travail et des instructions écrites. A cela s’ajoutent tous ceux pour qui l’allemand est une langue seconde/étrangère et dont on peut espérer que l’usage de la leichte Sprache ne sera qu’une étape dans l’apprentissage, dans la mesure toutefois où ils ne font pas aussi partie d’un des autres groupes cités.
Un constat inquiétant… même si ces chiffres sont parfois sujet à caution.

Depuis octobre 2014, à l’université de Leipzig, un groupe de recherche, aidé de personnes ayant des difficultés d’apprentissage, se consacre, dans le cadre de la LeiSA-Studie (Leichte Sprache im Arbeitsleben), à étudier plus particulièrement „wie Leichte Sprache im Arbeitsumfeld die Teilhabemöglichkeiten von Menschen mit Lernschwierigkeiten verbessern kann“.
Le département Sprach- und Informationswissenschaften de l’université de Hildesheim fait également de la recherche, plus générale semble-t-il :
‘Die Forschungsstelle Leichte Sprache widmet sich der Erforschung und Normierung des Sprachsystems der Leichten Sprache sowie der empirischen Erprobung der gewonnenen Erkenntnisse’.
On trouve sur leur site web un Regelbuch et un nombre déjà conséquent de travaux étudiants sur le sujet. De plus, le Dr. Christiane Maas, qui en est aussi la responsable, est co-auteure de 3 Duden publiés en 2016 intitulés Leichte Sprache, et déclinés en Theoretische Grundlagen, Ratgeber et Übungen.
L’université de Bielefeld a quant à elle organisé un Workshop en mars 2017
Gageons que ce n’est qu’un début !

Et pour les profs ?

Oui, mais… direz-vous peut-être ! Rien de nouveau sous le soleil, ça a toujours existé !
Bien sûr, nous connaissons tous les textes en allemand (plus ou moins) facile ! Mais reconnaissons qu’au niveau A1, les documents étaient rares, et ne portaient de A1 que le nom…quand ils le portaient puisqu’il y a peu les dénominations étaient encore les traditionnels, ‘débutants’, ‘faciles’ et autres termes peu précis, lesquels ont été recyclés en niveaux CECR sans que les textes eux-mêmes ne soient revus, du moins à ma connaissance.
Si nous laissons de côté les débats linguistiques, idéologiques, politiques, il n’en reste pas moins que nous avons là une mine inépuisable et sans cesse renouvelée et complétée de documents fiables en terme de niveau (a priori pas de mauvaises surprises), des thèmes beaucoup plus larges et essentiellement de la ‘vraie vie’ (la fiction est encore rare).
Où les trouver ?
- Principalement sur internet. Il suffit de taper einfache Sprache et vous allez crouler sous les résultats.
- Au coup par coup sous forme papier (par exemple le mode d’emploi de la bibliothèque de quartier, des documents officiels, etc !)
- De plus en plus, une version audio s’ajoute de plus en plus fréquemment à la version écrite.

Je vous propose quelques pistes :
- A mon avis la mine de documents, écrits, mais aussi oraux ! Les textes sont lus lentement et on a même l’impression que la lenteur est réelle et non modifiée par ordinateur.
http://www.nachrichtenleicht.de/

- Le site suivant vous propose quelques liens utiles
http://www.leichte-sprache.de/index.php?menuid=6

- La version en leichte Sprache du journal das Parlament : https://www.bundestag.de/leichte_sprache/was_macht_der_bundestag/parlament

- et enfin LE dictionnaire :
https://hurraki.de

- On commence même à voir des applications, hurraki est par exemple disponible en application gratuite.

La récolte en einfache Sprache est plus maigre si on veut des textes gratuits ; voici toutefois un site intéressant où vous trouverez des formulaires ‘traduits’ :
https://www.kub-berlin.org/formularprojekt/de/

Quant à l’utilisation même de ces contenus, elle est bien évidemment multiple, sans compter que le phénomène lui-même peut être à lui seul le sujet de discussions et débats passionnants.
Utilisation ponctuelle ou systématique, en classe ou à la maison, les possibilités sont nombreuses ; au-delà du contenu informationnel propre des textes en leichte Sprache, on peut aussi les faire transformer en einfache Sprache ou en allemand ‘standard’, amener à réfléchir sur la grammaire et la langue en général. Bref les apprenants de tous niveaux de langue (et pourquoi pas de tous les âges… ou presque !) peuvent en tirer profit !

Viel Spaß dabei !

…et si vous vous demandez où nous en sommes en France entre le DALC et le FALC , rendez vous sur le site :
https://informations.handicap.fr/art-facile-lire-falc-20-8592.php

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)