Le Conseil d’Etat a rejeté les recours contre la réforme du collège

, par Thérèse Clerc

1er juin 2016

Le Conseil d’Etat a rejeté le recours que nous avions formé contre l’article 8 de l’arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’enseignement dans les classes de collège qui dispose : « Les élèves qui ont bénéficié de l’enseignement d’une langue vivante autre que l’anglais à l’école élémentaire peuvent se voir proposer de poursuivre l’apprentissage de cette langue en même temps que l’enseignement de l’anglais dès la classe de sixième (…) ».

Sa décision ayant autorité de la chose jugée, la rentrée se déroulera donc dans les conditions prévues par cet arrêté : au détriment de l’égalité des élèves sur le territoire et avec des conséquences sur l’enseignement de l’allemand et la relation franco-allemande.

Une réforme inégalitaire et un recul de l’allemand

Alors qu’elle était censée être justifiée par un souci d’égalité, la réforme entre en vigueur de façon très variable selon les académies : 95% des classes bi-langues seront supprimées à Caen, environ 75% à Rouen et Rennes, environ 65% à Poitiers et Lyon, 59% à Lille, 54% à Reims, 32% à Amiens, 30% à Bordeaux, 27% à Créteil, 19% à Versailles, 5% à Aix-Marseille tandis que tandis que la quasi-totalité est maintenue à Paris ! Présentée comme « un effort exceptionnel » pour l’allemand, la réforme entraine en réalité une diminution de 17¨% des heures d’enseignement de l’allemand au collège.

Un mauvais signal envoyé à l’Allemagne et à l’Europe

L’absence « d’effet direct » du traité de l’Elysée aboutit à priver de contenu ses dispositions relatives à la jeunesse. Malgré l’engagement exprès du général de Gaulle et du Chancelier Adenauer, en 1963, de « prendre des mesures concrètes en vue d’accroître le nombre d’élèves » apprenant la langue du partenaire, engagements repris dans maintes déclarations politiques (notamment en 1986, en 2003 puis en 2013 lors des 40ème et 50ème anniversaires du traité), les promesses restent finalement lettre morte. La surabondance de la communication cache mal la carence de l’action. C’est particulièrement frappant la semaine de la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun. Si, au lieu d’agir pour l’avenir et la jeunesse, les dirigeants français et allemands restent cantonnés à des commémorations, la relation s’étiolera. De même, on peut s’interroger sur le sens du choix de la ministre de l’Education ayant supprimé les classes européennes et bi-langues pour représenter la France à la remise du Prix Charlemagne, destiné à récompenser l’action pour l’unité des Européens.

Une filière sinistrée

Cette année encore, au CAPES d’allemand, de nombreux postes ne seront pas pourvus. On voit mal l’issue de cette crise du recrutement. Pourquoi des étudiants brillants deviendraient-ils professeurs d’allemand quand cette discipline est malmenée ?

Un coup indirect à la langue française

En renforçant la prédominance de l’anglais au lieu d’élever le niveau et diversifier les langues apprises, cette réforme ne contribue guère à la promotion du plurilinguisme, ce qui nuira par ricochet à la pratique du français à l’étranger.

Signé : Sylvie Goulard, Alfred Grosser, Thérèse Clerc Présidente de l’Association pour le Développement de l’Allemand en France

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